
Introduction
La ménopause est une étape physiologique naturelle de la vie féminine, marquée par des modifications hormonales progressives. Cet article propose une approche éducative et documentée de la place des plantes dans l’accompagnement traditionnel de cette transition, sans visée thérapeutique ni prescription.
Cette période de transition amène souvent des symptômes de la ménopause, comme les bouffées de chaleur, et conduit certaines femmes à s’informer sur l’usage des plantes médicinales dans une démarche d’accompagnement naturel, sans objectif thérapeutique.

Comprendre la ménopause
La ménopause correspond à l’arrêt définitif des menstruations, lié à la diminution progressive de la production ovarienne d’œstrogènes et de progestérone. Elle survient généralement entre 45 et 55 ans et s’inscrit dans un processus biologique normal.
Cette transition hormonale peut s’accompagner de manifestations variables selon les femmes, telles que bouffées de chaleur, troubles du sommeil ou modifications de l’humeur. L’intensité et la durée de ces manifestations diffèrent fortement d’un individu à l’autre.
L’usage traditionnel des plantes pendant la ménopause
Depuis l’Antiquité, les sociétés humaines ont observé les changements liés à l’âge chez les femmes et ont cherché à les comprendre à travers leurs systèmes médicaux traditionnels. Les plantes occupaient une place centrale dans ces approches empiriques.
En Europe : la sauge et les plantes aromatiques

Dans l’Europe médiévale, certaines espèces aromatiques comme la sauge officinale étaient historiquement associées aux cycles féminins. Le nom latin Salvia vient de salvare (sauver, guérir), témoignant de l’importance accordée à cette plante. Les herboristes la recommandaient dans leurs traités pour « tempérer les excès de chaleur » chez les femmes d’âge mûr, une description qui évoque les bouffées de chaleur actuelles.
Ces usages se transmettaient oralement dans les communautés villageoises, sans cadre scientifique moderne, mais avec une observation empirique des effets ressentis.
En médecine traditionnelle chinoise : le dong quai
La médecine chinoise utilisait depuis des siècles l’angélique chinoise (Angelica sinensis), appelée dong quai ou « ginseng féminin ». Cette racine était décrite comme tonifiant le sang et régulant l’énergie vitale (Qi) des femmes, notamment après la cessation des menstruations.
Le dong quai s’intégrait dans des formules complexes associant plusieurs plantes, selon une logique énergétique propre à cette médecine traditionnelle.
En médecine ayurvédique : le shatavari
L’Ayurveda indien valorisait le shatavari (Asparagus racemosus), dont le nom signifie littéralement « celle qui possède cent maris », référence à ses usages traditionnels pour la vitalité féminine. Cette plante était considérée comme un rasayana (tonique rajeunissant) particulièrement adapté aux femmes dans leur seconde moitié de vie.
Comme dans les autres systèmes traditionnels, ces usages relèvent d’un contexte culturel spécifique et ne constituent pas des recommandations thérapeutiques validées par la science moderne.
Comment agissent les phytoestrogènes ?
Les phytoestrogènes sont des composés naturels présents dans certaines plantes. Leur structure chimique présente des similitudes partielles avec celle des œstrogènes humains, ce qui explique l’intérêt scientifique qu’ils suscitent.
Trois grandes familles de phytoestrogènes

Les scientifiques distinguent trois catégories principales selon leur structure moléculaire :
- Les isoflavones : présentes dans les légumineuses (soja, trèfle rouge, pois chiches). Ce sont les plus étudiées pour leurs effets potentiels pendant la ménopause.
- Les lignanes : trouvées dans les graines de lin, les céréales complètes et certains légumes. Elles nécessitent une transformation par le microbiote intestinal pour devenir actives.
- Les coumestanes : présentes dans la luzerne et certains germes. Moins étudiées que les deux autres familles.
Un mécanisme d’action subtil
Les phytoestrogènes peuvent se lier aux récepteurs œstrogéniques, mais avec une affinité nettement inférieure à celle des œstrogènes endogènes, ce qui limite l’intensité de leur action biologique
Le rôle crucial du métabolisme de l’équol
Voici où ça devient intéressant : quand vous consommez des isoflavones de soja, votre intestin doit les transformer en équol, un métabolite beaucoup plus actif que les isoflavones d’origine. Mais tout le monde n’en est pas capable.
Cette capacité dépend de la composition de votre microbiote intestinal. Certaines bactéries spécifiques peuvent réaliser cette transformation, d’autres non. Résultat : environ 30 à 50% de la population occidentale sont des « producteurs d’équol », tandis que les autres ne métabolisent pas correctement les isoflavones.
Cette différence expliquerait en grande partie pourquoi certaines femmes ressentent un effet notable avec le soja, et d’autres absolument rien. Ce n’est pas une question de croyance ou de placebo, c’est une réalité biochimique mesurable.
Une variabilité qui pose question
Ces mécanismes font l’objet de recherches continues. On sait aujourd’hui que l’alimentation, l’âge, la prise d’antibiotiques et même le stress peuvent modifier la composition du microbiote et donc la capacité à produire de l’équol. Cette complexité explique pourquoi les études donnent des résultats si variables d’un groupe de femmes à l’autre.
Ce que dit la recherche scientifique

La littérature scientifique s’est intéressée à l’impact potentiel de certaines plantes sur les manifestations de la ménopause, avec des résultats nuancés qui méritent d’être examinés avec rigueur.
Les isoflavones de soja : des résultats mitigés
En 2012, une méta-analyse conduite par Taku et ses collaborateurs a analysé 19 essais cliniques portant sur 1622 femmes ménopausées recevant des suppléments d’isoflavones de soja (30 à 80 mg/jour) pendant 6 à 12 mois. Les résultats ont montré une réduction moyenne de 20,6% de la fréquence des bouffées de chaleur par rapport au placebo.
Mais ce chiffre cache une réalité plus complexe : seules les femmes capables de métaboliser les isoflavones en équol (un métabolite actif) semblaient bénéficier d’un effet notable. Cette capacité concerne environ 30 à 50% de la population occidentale, ce qui explique pourquoi certaines femmes ressentent un effet et d’autres non.
Source : Taku K et al. (2012). Menopause, 19(7):776-90.
Le trèfle rouge : un effet modéré mais réel
Une étude autrichienne menée par Lipovac en 2012 a suivi 109 femmes pendant trois mois. La moitié recevait un extrait de trèfle rouge (80 mg d’isoflavones/jour), l’autre un placebo. Les résultats ont montré une diminution de 44% de la fréquence des bouffées de chaleur dans le groupe traité, contre 23% dans le groupe placebo.
L’effet observé était donc réel, mais d’ampleur modérée, et l’étude n’a pas évalué les effets au-delà de trois mois.
Source : Lipovac M et al. (2012). Maturitas, 72(3):258-62.
La sauge officinale : des données préliminaires
Une étude suisse publiée en 2011 par Bommer a évalué l’effet d’un extrait de sauge fraîche sur 71 femmes ménopausées pendant huit semaines. 64% des participantes ont rapporté une amélioration significative de leurs symptômes, particulièrement marquée chez celles qui présentaient initialement les bouffées les plus intenses.
L’absence de groupe placebo limite toutefois la portée de ces conclusions.
Source : Bommer S et al. (2011). Advances in Therapy, 28(6):490-500.
Ce que disent les institutions de santé
L’Agence européenne des médicaments (EMA) reconnaît un « usage traditionnel » de la sauge dans la transpiration excessive, tout en précisant que les preuves scientifiques restent insuffisantes pour établir une efficacité démontrée. L’EFSA a refusé d’approuver les allégations de santé concernant les isoflavones de soja, estimant les preuves insuffisamment robustes.
Ressource : EMA – Monographie Sauge officinale
En résumé
Les données actuelles suggèrent que certaines plantes peuvent avoir un effet modeste sur certains symptômes chez certaines femmes. Cette triple réserve reflète la grande variabilité observée dans les études. L’efficacité reste généralement inférieure à celle des traitements hormonaux dans les cas sévères, mais pourrait jouer un rôle dans l’accompagnement de symptômes légers à modérés.
Phytothérapie et traitement hormonal substitutif
| Critère d’analyse | Traitement hormonal (THS) | Approches par les plantes |
|---|---|---|
| Statut légal | Médicament strict soumis à prescription | Produits de santé naturels à statut variable |
| Niveau de preuve | Élevé (études cliniques massives) | Variable selon la plante et l’extrait utilisé |
| Efficacité constatée | Efficacité élevée sur certains symptômes sévères | Modeste à réelle sur les cas légers à modérés |
| Encadrement | Suivi médical régulier obligatoire | Avis médical fortement conseillé |
En résumé : Les plantes peuvent avoir un effet modeste sur certains symptômes. Cette efficacité reste généralement inférieure au traitement hormonal pour les cas sévères, mais elle peut constituer une option d’accompagnement dans certains contextes pour les symptômes légers à modérés.
Cette comparaison vise uniquement à clarifier les différences de cadre et de niveau de preuve, sans hiérarchisation ni recommandation.
Précautions et encadrement médical
Les informations présentées ici sont exclusivement éducatives. Les plantes peuvent contenir des substances actives susceptibles d’interagir avec des traitements médicaux ou des pathologies existantes.
Toute démarche concernant la santé féminine, notamment pendant la ménopause, nécessite l’avis d’un professionnel de santé qualifié. La phytothérapie ne remplace en aucun cas un suivi médical.
Lexique
- Ménopause : arrêt définitif de la fonction ovarienne et des menstruations.
- Phytoestrogènes : composés végétaux capables d’interagir faiblement avec les récepteurs des œstrogènes.
- Isoflavones : famille de phytoestrogènes présents notamment dans les légumineuses.
- THS : traitement hormonal substitutif prescrit médicalement.
- Méta-analyse : étude regroupant plusieurs travaux scientifiques pour en analyser les résultats.
FAQ :questions sur la ménopause
Quels sont les principaux symptômes de la ménopause ?
Les symptômes de la ménopause varient selon les femmes. Les plus fréquemment rapportés sont les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil, la fatigue, les variations d’humeur et la sécheresse vaginale.
La phytothérapie peut-elle accompagner la ménopause ?
La phytothérapie est traditionnellement évoquée dans l’accompagnement naturel de la ménopause. Certaines plantes médicinales sont étudiées pour leur interaction avec l’équilibre hormonal, sans jamais se substituer à un suivi médical.
Qu’est-ce qu’un phytoestrogène ?
Les phytoestrogènes sont des composés végétaux présents dans certaines plantes. Leur structure est proche de celle des œstrogènes humains, mais avec une activité biologique nettement plus faible.
Les plantes médicinales sont-elles sans danger pendant la ménopause ?
Les plantes médicinales ne sont pas dénuées d’effets biologiques. Leur utilisation doit être prudente, notamment en cas de traitement médical, d’antécédents hormonodépendants ou de pathologie chronique.
Quand consulter un professionnel de santé pendant la ménopause ?
Un avis médical est recommandé dès l’apparition de symptômes persistants ou gênants. Le professionnel de santé reste l’interlocuteur de référence pour évaluer les options de prise en charge adaptées.
