
Bienfaits de la bourrache : propriétés médicinales
La bourrache a longtemps eu la réputation de chasser la mélancolie. Une formule latine souvent citée lui fait dire qu’elle apporte toujours la joie, et les herboristes médiévaux en glissaient les fleurs bleues dans le vin pour donner du courage aux voyageurs. Cette réputation d’euphorisant relève de la tradition plus que de la pharmacologie, mais la plante a conservé une place bien réelle dans les cuisines méditerranéennes comme dans les armoires à pharmacie, avec une particularité qui l’a rendue célèbre au vingtième siècle : l’huile de ses graines est la source végétale la plus concentrée en acide gamma-linolénique, un acide gras rare que l’on cherche à apporter à l’organisme pour la peau, les cycles féminins et certaines douleurs inflammatoires. Son nom viendrait du latin burra, une étoffe de laine grossière, en référence aux poils rudes qui recouvrent toute la plante.
Borago officinalis L. appartient à la famille des Boraginacées. C’est une plante annuelle de trente à soixante centimètres, couverte de poils raides, aux grandes feuilles ovales et rugueuses, dont les fleurs bleu vif, en forme d’étoile à cinq pointes et aux étamines noires dressées en cône, comptent parmi les plus reconnaissables des jardins. Originaire du bassin méditerranéen, elle s’est naturalisée dans une grande partie de l’Europe, de l’Afrique du Nord et de l’Amérique, et se ressème spontanément dans les potagers. La base botanique Plants of the World Online (Kew Gardens) documente son aire d’origine méditerranéenne et sa large diffusion.
Sa composition justifie de séparer nettement deux parties de la plante. Les graines renferment de 25 à 35 % d’huile, dont 17 à 25 % d’acide gamma-linolénique, ou GLA, ce qui en fait la teneur la plus élevée de toutes les huiles végétales commercialisées. Les feuilles, les tiges et les fleurs contiennent des mucilages, des tanins, des flavonoïdes, mais aussi des alcaloïdes pyrrolizidiniques, des composés toxiques pour le foie qui conditionnent tout l’usage de la plante et font l’objet d’une section dédiée plus loin. Contrairement à plusieurs plantes de cette collection, la bourrache ne dispose pas d’une monographie de l’Agence européenne du médicament pour un usage traditionnel en tisane, précisément en raison de cette question. Les travaux sur le GLA et l’huile de graines sont recensés sur PubMed.

L’huile de graines et l’acide gamma-linolénique
L’intérêt de l’huile de bourrache tient à une particularité du métabolisme des acides gras. L’organisme fabrique le GLA à partir de l’acide linoléique, l’oméga-6 abondant dans les huiles végétales courantes, grâce à une enzyme appelée delta-6-désaturase. Cette enzyme est facilement freinée : par l’âge, le stress chronique, l’alcool, le diabète ou une alimentation déséquilibrée. Apporter directement du GLA permet de contourner cette étape. Le GLA est ensuite converti en une molécule précurseur de prostaglandines de la série 1, qui exercent une action plutôt anti-inflammatoire et favorisent l’hydratation de la peau, à l’opposé d’autres prostaglandines issues de l’acide arachidonique.
Cette base biochimique cohérente a motivé de nombreux essais cliniques, dont les résultats sont variables selon les indications. L’huile de bourrache apporte environ deux fois plus de GLA que l’huile d’onagre par gramme d’huile, avec lequel elle est constamment comparée. Notre fiche sur l’Onagre détaille ce second apport en GLA, utilisé depuis plus longtemps et mieux documenté dans certaines indications comme les troubles prémenstruels.
Peau sèche et eczéma : ce que disent les études
C’est l’indication la plus populaire de l’huile de bourrache, et celle où l’écart entre réputation et preuves est le plus net. Plusieurs essais de petite taille avaient rapporté une amélioration de la sécheresse, des démangeaisons et de l’inflammation cutanée chez des personnes atteintes d’eczéma atopique. Une revue systématique de la collaboration Cochrane, publiée en 2013 et portant sur un grand nombre d’essais, a toutefois conclu que l’huile de bourrache et l’huile d’onagre prises par voie orale n’apportaient pas de bénéfice net par rapport à un placebo dans l’eczéma. Cette conclusion décevante n’interdit pas à l’huile d’avoir un intérêt, mais elle invite à en attendre moins.
Sur une peau simplement sèche, sans eczéma sévère, l’huile de bourrache conserve un intérêt comme apport en acides gras, en cure de plusieurs semaines. En application locale, elle sert de soin émollient riche, souvent incorporée aux crèmes pour peaux sèches ou matures. Pour une approche d’ensemble, notre article sur la peau et les cheveux en phytothérapie replace ces soins parmi les autres options, et un eczéma modéré à sévère relève toujours d’un avis dermatologique.
Syndrome prémenstruel, ménopause et inflammation articulaire
L’huile de bourrache est fréquemment utilisée en complément pour les tensions mammaires, l’irritabilité et les troubles de l’humeur du syndrome prémenstruel, ainsi que pour les bouffées de chaleur et la sécheresse cutanée de la ménopause. Les preuves cliniques sont ici nettement plus faibles que pour d’autres plantes de ces indications, et reposent en grande partie sur l’extrapolation des résultats de l’huile d’onagre, elle-même contestée. Notre article sur le syndrome prémenstruel et les plantes présente des options mieux étayées, et celui sur l’accompagnement de la ménopause en phytothérapie situe l’huile de bourrache parmi les soins de confort.
Pour la polyarthrite rhumatoïde, de petits essais menés avec des doses élevées de GLA, de l’ordre de 1,4 à 2,8 grammes par jour, ont rapporté une réduction modérée du nombre d’articulations douloureuses et gonflées. Ces données restent anciennes et limitées, ne permettent pas de remplacer un traitement de fond, et justifient un suivi médical pour toute personne souffrant d’une maladie inflammatoire articulaire.
L’usage traditionnel des fleurs et des feuilles
Avant l’ère de l’huile de graines, la bourrache était employée pour ses parties aériennes, en infusion, comme diurétique, sudorifique et adoucissant des muqueuses, notamment dans les états grippaux, les toux et les fièvres. Les mucilages de la plante expliquent cet effet apaisant sur la gorge et les bronches. Cet usage est aujourd’hui déconseillé en infusion régulière, en raison des alcaloïdes pyrrolizidiniques des parties aériennes, et d’autres plantes à mucilages, plus sûres, permettent d’obtenir le même effet adoucissant.
Les formes de la bourrache et leurs usages
La bourrache se consomme sous des formes dont le profil de sécurité est radicalement différent. L’huile de graines certifiée est la forme à retenir. Les parties aériennes appellent à la prudence.
L’huile de graines en capsules ou en flacon
La dose habituelle des études se situe entre 1 et 3 grammes d’huile par jour, soit environ 200 à 600 mg de GLA pour une huile titrée à 20 %, répartis en une ou deux prises au cours des repas, en cure de trois mois pour juger de l’effet. Les capsules sont préférables au flacon : le GLA est fragile, l’huile s’oxyde vite à la lumière, à la chaleur et à l’air, et une huile rance perd son intérêt tout en devenant irritante. Une huile de qualité est pressée à froid, conditionnée en verre teinté ou en capsules, souvent additionnée de vitamine E pour la stabiliser, et conservée à l’abri de la chaleur, voire au réfrigérateur une fois ouverte. Notre article sur la conservation des préparations végétales rappelle les principes de stockage qui s’appliquent ici. Surtout, elle doit porter la mention d’absence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques.
L’usage externe de l’huile
En application locale, l’huile de bourrache s’utilise pure en massage sur les zones sèches, ou incorporée à une crème neutre à raison de quelques pour cent. Sa texture est fluide et pénètre assez vite. C’est une huile végétale et non une huile essentielle, une différence rappelée dans notre article sur la différence entre huile essentielle et huile végétale. Pas de précaution d’emploi cutané particulière sur peau intacte, à part le test habituel sur une petite zone chez les personnes allergiques aux Boraginacées.
Les fleurs et les feuilles en cuisine
Les fleurs bleues, au léger goût d’huître ou de concombre, décorent les salades, les boissons et les desserts, et les jeunes feuilles à saveur de concombre se cuisinent en Espagne, en Italie et en Allemagne, où elles entrent dans plusieurs préparations régionales. Cet usage occasionnel, en petite quantité, expose à une dose d’alcaloïdes très inférieure à celle d’une tisane quotidienne. La cuisson ne détruit pas ces composés. Il vaut mieux s’en tenir à une garniture de quelques fleurs, et éviter d’en faire un légume régulier, surtout chez les femmes enceintes, allaitantes, les enfants et les personnes ayant une maladie du foie.

Tableau comparatif des principales formes de bourrache
| Critère | Huile de graines certifiée | Tisane de fleurs ou de feuilles | Fleurs et feuilles en cuisine |
|---|---|---|---|
| Alcaloïdes pyrrolizidiniques | Absents si certifiée | Présents | Présents, en faible quantité |
| Usage principal | Peau sèche, apport en GLA | Déconseillé en usage régulier | Garniture occasionnelle |
| Dose habituelle | 1 à 3 g d’huile/jour (200 à 600 mg de GLA) | Non recommandée | Quelques fleurs, occasionnellement |
| Maladie du foie | Avis médical | À éviter | À éviter |
| Grossesse et allaitement | Prudence recommandée | À éviter | Prudence recommandée |
Alcaloïdes pyrrolizidiniques : le point de vigilance majeur de la bourrache
Les alcaloïdes pyrrolizidiniques forment une grande famille de composés que certaines plantes fabriquent pour se défendre contre les insectes, et ils sont particulièrement abondants chez les Boraginacées, les Astéracées du genre Senecio et quelques légumineuses. Ceux de structure dite insaturée, dont la bourrache contient plusieurs représentants comme la lycopsamine, l’intermédine et l’amabiline, sont transformés par le foie en métabolites réactifs qui se lient aux protéines et à l’ADN. À doses répétées, ils peuvent provoquer une atteinte des petits vaisseaux du foie appelée syndrome d’obstruction sinusoïdale, une maladie grave, parfois mortelle, et sont suspectés d’effets cancérigènes à long terme.
La teneur de la bourrache est plus faible que celle de la consoude, qui reste l’exemple de référence, mais elle n’est pas nulle, et c’est l’exposition cumulée qui compte. L’Agence européenne du médicament a publié une déclaration sur les produits à base de plantes contenant ces alcaloïdes, qui recommande de réduire l’exposition au minimum, et le règlement européen sur les contaminants fixe des teneurs maximales strictes dans les tisanes et les herbes séchées. Notre article sur les plantes hépatotoxiques et les risques pour le foie replace ce risque parmi les autres situations à connaître.
Les graines se distinguent des parties aériennes : elles en contiennent très peu. Le risque d’une huile de graines vient donc surtout d’une contamination par des fragments de la plante lors de la récolte et du pressage. C’est pour cette raison qu’une huile de qualité doit porter la mention d’absence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques et s’appuyer sur un certificat d’analyse disponible auprès du fabricant. Cette simple vérification fait toute la différence entre un produit sûr et un produit à éviter, et c’est le critère à retenir en priorité pour tout achat de complément de bourrache.
Bourrache, consoude, vipérine et digitale : ne pas les confondre

Les risques de confusion de la bourrache sont de deux ordres, aux conséquences très différentes. Le premier concerne les autres Boraginacées à alcaloïdes pyrrolizidiniques. La consoude officinale (Symphytum officinale), dont les feuilles velues ressemblent à celles de la bourrache, en contient davantage et a vu son usage interne interdit ou restreint dans plusieurs pays. La vipérine (Echium vulgare), aux fleurs bleu-violet en épi dressé, et d’autres plantes comme la buglosse ou la pulmonaire appartiennent à la même famille et au même risque. Tout produit vendu sous un nom approximatif de plante à fleurs bleues doit donc être identifié par son nom botanique.
Le second est plus dangereux, parce qu’il touche à une plante tout autre. Au stade de jeune rosette, sans fleur, les feuilles de la bourrache, de la consoude et de la digitale pourpre (Digitalis purpurea) se ressemblent par leur taille, leur forme ovale et leur pilosité. La digitale contient des hétérosides cardiotoniques, mortels à faible dose, et des intoxications ont été rapportées après des confusions avec des feuilles de consoude ou de bourrache cueillies pour un usage culinaire ou en tisane. La bourrache se reconnaît à ses poils rudes sur la tige et les feuilles et à ses fleurs bleues en étoile. La digitale, à sa surface gaufrée et à ses grandes grappes de fleurs en doigts de gant. En l’absence de floraison, il ne faut jamais récolter de feuilles pour les consommer, et privilégier des produits commerciaux contrôlés.
Contre-indications et précautions d’emploi
La précaution la plus importante concerne le foie. Les personnes atteintes d’une maladie hépatique, d’une hépatite ou d’une consommation d’alcool importante doivent éviter les fleurs et les feuilles de bourrache sous toutes les formes, et demander un avis médical avant d’utiliser l’huile de graines, même certifiée. Pour tous, l’infusion régulière de feuilles ou de fleurs est déconseillée, et l’huile de graines doit porter la mention d’absence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques.
La grossesse et l’allaitement appellent une prudence particulière avec la bourrache. Les alcaloïdes pyrrolizidiniques traversent le placenta et passent dans le lait maternel, et le foie du fœtus et du nourrisson y est particulièrement sensible : les fleurs et les feuilles, en tisane comme en légume régulier, sont à éviter. Pour l’huile de graines certifiée, les données de sécurité sont limitées, notamment à cause d’effets possibles du GLA sur la contractilité utérine en fin de grossesse, et un avis médical, ou celui de la sage-femme, est recommandé avant toute utilisation.
Les personnes sous traitement anticoagulant ou antiagrégant, ou qui doivent subir une intervention chirurgicale, doivent demander conseil, le GLA ayant montré un effet antiagrégant plaquettaire modeste, et il est d’usage d’arrêter les huiles riches en GLA environ deux semaines avant une opération programmée. Une précaution s’applique aussi aux personnes épileptiques et à celles qui suivent un traitement par phénothiazines, des cas de crises convulsives ayant été évoqués avec les huiles riches en GLA. Notre article sur les interactions entre plantes médicinales et médicaments détaille ces vigilances.
Les effets indésirables de l’huile de graines sont généralement légers : inconfort digestif, selles molles, éructations à goût d’huile, maux de tête. Une allergie aux Boraginacées est possible, avec une réaction locale en application cutanée. Chez l’enfant, l’huile ne s’utilise que sur avis médical, et les fleurs et feuilles sont à éviter. Dans le cadre d’une alimentation normale, une garniture occasionnelle de quelques fleurs ne pose pas de problème particulier pour l’adulte en bonne santé.
Questions fréquentes
L’huile de bourrache est-elle meilleure que l’huile d’onagre ?
La bourrache apporte environ deux fois plus de GLA, de 17 à 25 % contre 8 à 10 %, donc moins de capsules pour la même dose. L’onagre dispose d’un corpus d’études plus ancien. Le choix dépend de la teneur recherchée, de la qualité et, pour la bourrache, de la certification sans alcaloïdes pyrrolizidiniques.
Pourquoi faut-il choisir une huile de bourrache sans alcaloïdes pyrrolizidiniques ?
Les parties aériennes contiennent ces composés toxiques pour le foie. Les graines en contiennent très peu, mais une huile non contrôlée peut être contaminée. Choisir une huile portant la mention d’absence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques, avec certificat d’analyse.
Peut-on boire une tisane de bourrache ?
Un usage régulier est déconseillé : les feuilles et les fleurs contiennent des alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques, et la réglementation européenne fixe des teneurs maximales strictes pour ces composés. Une garniture occasionnelle de quelques fleurs reste d’un risque beaucoup plus faible.
L’huile de bourrache est-elle efficace contre l’eczéma ?
Les résultats sont décevants : une revue Cochrane de 2013 n’a pas retrouvé de bénéfice net par voie orale par rapport à un placebo. L’huile garde un intérêt comme soin émollient pour les peaux sèches, sans remplacer le traitement dermatologique d’un eczéma modéré à sévère.
Comment distinguer la bourrache de la consoude et de la digitale ?
La bourrache a des poils rudes et des fleurs bleues en étoile. La consoude a des fleurs en cloches pendantes. La digitale pourpre, très toxique, a des feuilles gaufrées et des fleurs en doigts de gant. Ne jamais récolter de rosette sans floraison pour la consommer.
