
Bienfaits de l’andrographis : propriétés médicinales
L’andrographis porte un surnom qui annonce la couleur : le roi des amers. Quiconque a mâché une feuille fraîche comprend vite pourquoi. L’amertume de la plante est parmi les plus intenses de toute la pharmacopée, un goût qui n’a pourtant jamais freiné son usage. En Inde, elle s’appelle kalmegh, le nuage sombre, et elle sert depuis des siècles à soulager les fièvres, les troubles digestifs et les infections de la saison humide. En Chine, sous le nom de chuan xin lian, elle fait partie des plantes dites rafraîchissantes, utilisées contre la chaleur et les inflammations. Son entrée en Europe est plus récente et doit beaucoup à la Scandinavie, où un extrait standardisé associé à l’éleuthérocoque, mis au point en Suède dans les années 1980, a servi à de nombreux essais cliniques sur le rhume, ce qui a valu à l’andrographis une visibilité que peu de plantes asiatiques ont eue en Occident.
Andrographis paniculata (Burm.f.) Nees appartient à la famille des Acanthacées. C’est une herbe annuelle dressée de trente à quatre-vingt-dix centimètres, aux tiges carrées, aux feuilles lancéolées d’un vert franc, aux petites fleurs blanches tachées de rose et aux fruits en capsule. Originaire d’Inde et du Sri Lanka, elle est cultivée et naturalisée dans toute l’Asie du Sud et du Sud-Est, en Chine et dans les Caraïbes. Elle pousse en lieux humides, en lisière de forêt, au bord des chemins. La base botanique Plants of the World Online (Kew Gardens) documente son aire d’origine et sa large diffusion.
Les parties aériennes, surtout les feuilles, contiennent des diterpènes lactoniques dont le principal est l’andrographolide, responsable de l’amertume et de l’essentiel des effets étudiés, accompagné de néoandrographolide, d’andrographolides apparentés et de flavonoïdes. Contrairement à plusieurs plantes de cette collection, l’andrographis repose, en Europe, sur la tradition indienne et chinoise et sur des essais cliniques d’extraits standardisés, plutôt que sur une monographie européenne reconnue. Ces essais sont recensés sur PubMed, et cette réserve s’applique à chaque indication décrite ci-dessous.

Infections respiratoires hivernales : ce que disent les essais
L’usage le plus étudié de l’andrographis concerne les infections respiratoires hautes, rhumes, maux de gorge, sinusites et bronchites légères. Plusieurs revues systématiques d’essais cliniques menés avec des extraits standardisés rapportent un bénéfice modeste sur les symptômes, en particulier la toux, le mal de gorge, l’écoulement nasal et la fatigue, comparé à un placebo, lorsque la plante est prise tôt, dans les premiers jours de la maladie. Certains essais suggèrent aussi une durée des symptômes un peu plus courte. La qualité des preuves reste cependant limitée : les essais sont souvent de petite taille, menés avec des produits différents, et parfois financés par les fabricants.
Il faut donc situer l’andrographis pour ce qu’il est, un soulagement des symptômes d’une infection virale bénigne et non un traitement de l’infection. Il ne remplace pas les mesures habituelles, repos, hydratation, ni une consultation en cas de fièvre élevée, de gêne respiratoire, de douleur thoracique ou de symptômes qui se prolongent. Pendant la pandémie de COVID-19, des essais exploratoires ont été menés dans plusieurs pays d’Asie, sans preuve suffisante pour en faire un traitement, et il n’y a pas lieu de l’utiliser dans cet objectif. Pour d’autres options, notre fiche sur l’Échinacée pourpre présente la plante la plus souvent comparée à l’andrographis pour les rhumes, et notre article sur le système respiratoire en situe d’autres.
Action anti-inflammatoire et immunomodulatrice
L’andrographolide a fait l’objet de nombreux travaux de laboratoire : il freine certaines voies de l’inflammation, notamment celle du facteur nucléaire kappa B, et module l’activité de plusieurs cellules immunitaires. Ces propriétés expliquent l’intérêt scientifique pour la plante, au-delà des infections respiratoires, dans des pathologies inflammatoires comme l’arthrose, la rectocolite ou certaines maladies auto-immunes, où quelques petits essais ont été menés. Les résultats sont encore trop préliminaires pour fonder un usage, et une action sur le système immunitaire est aussi, par définition, une raison de prudence chez les personnes sous traitement immunosuppresseur. Notre article sur l’immunité et la phytothérapie place l’andrographis parmi les plantes immunomodulatrices de saison, à utiliser avec discernement.
Foie, digestion et autres pistes explorées
Comme beaucoup de plantes amères, l’andrographis stimule l’appétit et la sécrétion biliaire, et la médecine ayurvédique l’emploie dans les troubles digestifs et les affections du foie. Des études sur l’animal ont montré un effet protecteur sur le foie face à plusieurs agents toxiques, et d’autres, sur la glycémie, un effet hypoglycémiant modeste. Ces observations n’ont pas été confirmées de façon solide chez l’humain, et elles justifient surtout une vigilance pratique : l’effet sur la glycémie impose la prudence chez les personnes sous antidiabétiques. L’amertume extrême limite d’ailleurs l’usage digestif de la plante, qui est plus agréablement remplacé par des amers plus doux.
Les formes de l’andrographis et leurs usages
L’andrographis a un goût si amer que la forme choisie détermine presque autant le confort que l’efficacité. La précision de la dose en andrographolides est le critère à surveiller.
Les extraits standardisés en andrographolides
C’est la forme utilisée dans la quasi-totalité des essais cliniques. On cherche généralement un apport de 60 à 120 mg d’andrographolides par jour, réparti en deux ou trois prises, soit par exemple 1 200 mg d’un extrait titré à 5 à 10 % d’andrographolides. La cure débute dès les premiers symptômes d’un rhume et dure quatre à sept jours, une dizaine au maximum sans avis médical. L’étiquette doit mentionner Andrographis paniculata, la partie utilisée, soit les feuilles ou les parties aériennes, et la teneur en andrographolides, car la concentration varie beaucoup d’un produit à l’autre. Ces gélules ont l’avantage de masquer l’amertume.
La poudre et la décoction de feuilles
Les feuilles séchées se prennent en poudre ou en infusion, à raison de 1 à 2 grammes pour 150 ml d’eau chaude, dix minutes à couvert. L’amertume est telle que la plupart des utilisateurs abandonnent rapidement, d’où l’usage de gélules. Les préparations traditionnelles sont souvent mélangées à du miel, du gingembre ou à d’autres plantes pour en atténuer le goût. Leur teneur en andrographolides est variable et non contrôlée, et la dose réelle ne peut pas être garantie, ce qui en fait une forme moins fiable qu’un extrait titré pour les cures de quelques jours.
Les associations avec d’autres plantes
La plus connue est l’association avec l’Éleuthérocoque, commercialisée depuis les années 1980, qui a servi à de nombreux essais sur le rhume. Les produits qui combinent plusieurs plantes sont difficiles à comparer entre eux, ce qui complique l’interprétation des résultats : l’effet attribué à l’andrographis peut venir en partie de l’association. Pour une meilleure transparence, mieux vaut choisir un produit dont la composition est entièrement détaillée.

Tableau comparatif des principales formes d’andrographis
| Critère | Extrait standardisé | Poudre de feuilles | Infusion de feuilles |
|---|---|---|---|
| Dose en andrographolides | 60 à 120 mg/jour, connue | Variable, non contrôlée | Variable, non contrôlée |
| Durée d’une cure | 4 à 7 jours, 10 maximum | 4 à 7 jours, 10 maximum | 4 à 7 jours, 10 maximum |
| Goût | Masqué par la gélule | Extrêmement amer | Extrêmement amer |
| Immunosuppresseurs, anticoagulants | Avis médical | Avis médical | Avis médical |
| Grossesse et allaitement | Prudence, avis médical | Prudence, avis médical | Prudence, avis médical |
Roi des amers, chirette et neem : trois amers indiens à ne pas confondre

La médecine indienne compte plusieurs plantes très amères que le commerce et les noms populaires mélangent volontiers. L’andrographis est de ce groupe, et son surnom indien de neem de terre, bhuinimb, en témoigne : on l’a rapproché du neem à cause d’un goût comparable, bien qu’ils n’aient aucun lien botanique. Notre fiche sur le Neem présente cet arbre à part entière, dont les usages, cutanés et antiparasitaires, n’ont que peu de points communs avec ceux de l’andrographis.
La chirette, Swertia chirata, est une gentianacée de l’Himalaya, tonique digestif traditionnel, qui se rapproche davantage de la Gentiane que de l’andrographis. Elle est devenue rare, à cause d’une récolte intensive en montagne, et l’andrographis est un substitut et un adultérant connu sur le marché indien : de la chirette vendue sous ce nom peut en réalité contenir de l’andrographis, ce qui change la plante que l’on consomme et ses précautions. Cet état de fait montre l’importance du nom botanique sur l’étiquette.
Le genre Andrographis compte aussi d’autres espèces, utilisées localement, qui n’ont pas fait l’objet d’études comparables et dont la teneur en andrographolide est différente. Pour un complément alimentaire, seule la mention Andrographis paniculata garantit la correspondance avec les essais cliniques cités. L’achat d’un produit dont la teneur en andrographolides n’est pas indiquée revient à ignorer la dose réelle, et il vaut mieux l’éviter.
Contre-indications et précautions d’emploi
La première précaution concerne l’allergie. Des réactions allergiques ont été rapportées avec l’andrographis, rarement par voie orale, sous forme d’urticaire, de démangeaisons ou d’éruption, et plus gravement avec les dérivés injectables de l’andrographolide employés en Chine, associés à des chocs anaphylactiques. Cela ne concerne pas les compléments oraux en général, mais rappelle que la plante n’est pas anodine. On commence par une dose faible chez une personne allergique, et on arrête à la moindre réaction, en demandant de l’aide en cas de gêne respiratoire ou de gonflement du visage.
L’andrographis agit sur l’immunité, l’agrégation des plaquettes, la tension et la glycémie, ce qui touche plusieurs traitements. Les personnes sous immunosuppresseurs, ou atteintes d’une maladie auto-immune, doivent demander l’avis de leur médecin. Celles qui prennent des anticoagulants ou des antiagrégants, ou qui doivent être opérées, doivent aussi le faire, et il est d’usage d’arrêter la plante environ deux semaines avant une intervention programmée. Une baisse de la tension impose la prudence chez les personnes hypotendues ou sous antihypertenseurs, et une baisse de la glycémie, chez celles qui prennent des antidiabétiques. Notre article sur les interactions entre plantes médicinales et médicaments détaille ces situations.
La grossesse et l’allaitement appellent une prudence particulière avec l’andrographis. Des études sur l’animal ont rapporté, à doses élevées, des effets sur la fertilité et sur le développement fœtal, et la plante a une réputation traditionnelle d’emménagogue. Les données sont insuffisantes chez l’humain, et un avis médical est recommandé avant toute utilisation pendant ces périodes, comme chez les couples qui cherchent à concevoir, pour qui les prises prolongées sont à éviter.
Les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs : nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, perte d’appétit, surtout avec les doses élevées et les formes brutes, ainsi que des maux de tête et de la fatigue. Prendre les gélules au cours d’un repas les atténue. Chez l’enfant, l’usage relève d’un avis médical ou pédiatrique, et l’on ne donne pas d’andrographis sans conseil avant douze ans. Notre article sur la phytothérapie pédiatrique explique les règles de prudence propres à cet âge.
En dehors de ces situations, l’andrographis pris cinq à sept jours à dose standard est généralement bien toléré. Il ne doit cependant pas devenir un réflexe quotidien : les données de sécurité à long terme manquent, et une infection qui persiste, une fièvre élevée, une gêne respiratoire ou une douleur thoracique justifient une consultation plutôt qu’une poursuite de la cure.
Questions fréquentes
L’andrographis est-il efficace contre le rhume et les infections respiratoires ?
Des revues d’essais cliniques suggèrent un bénéfice modeste sur les symptômes (toux, mal de gorge, congestion) quand la plante est prise tôt. La qualité des preuves est limitée, et l’andrographis soulage les symptômes sans guérir l’infection ni remplacer une consultation en cas de signes inquiétants.
Combien de temps faut-il prendre l’andrographis ?
Une cure de quatre à sept jours dès les premiers symptômes, à 60 à 120 mg d’andrographolides par jour en deux ou trois prises, avec une dizaine de jours au maximum sans avis médical. Ce n’est pas un complément à prendre en continu.
Pourquoi l’andrographis est-il surnommé le roi des amers ?
À cause de l’amertume exceptionnelle de ses feuilles, due à l’andrographolide. C’est la raison pour laquelle on préfère souvent les gélules d’extrait standardisé à l’infusion. En Inde, il s’appelle kalmegh, et on le surnomme neem de terre.
Quelle est la différence entre l’andrographis, la chirette et le neem ?
L’andrographis est une herbe de la famille des Acanthacées pour les infections hivernales, la chirette une gentianacée de l’Himalaya, tonique digestif dont l’andrographis est un adultérant connu, et le neem un grand arbre aux usages cutanés et antiparasitaires. Vérifier le nom botanique sur l’étiquette.
L’andrographis présente-t-il des risques allergiques ?
Des réactions ont été rapportées, rarement par voie orale, et de façon grave avec les formes injectables utilisées en Chine. En cas d’antécédents allergiques, commencer par une dose faible et arrêter à la moindre réaction.
