
Bienfaits de la myrtille : propriétés médicinales
La myrtille sauvage, que l’on appelle brimbelle dans les Vosges et dans certaines régions de l’Est, est de ces plantes que l’on connaît d’abord par le goût et par les doigts bleus. Elle occupe depuis des siècles les sous-bois acides et les landes des montagnes d’Europe, et la cueillette des baies fait partie des rituels de l’été dans le Massif central, les Alpes, les Vosges, le Jura et les Pyrénées. Pourtant, la tradition médicinale n’a jamais séparé le plaisir du fruit de ses usages thérapeutiques. Les herboristes médiévaux recommandaient déjà les baies séchées contre la diarrhée, et leur jus coloré servait à teindre les tissus. Ce n’est qu’au vingtième siècle que le fruit a acquis sa réputation moderne de soutien de la circulation et de la vision, une réputation qui mérite d’être examinée avec nuance.
Vaccinium myrtillus L. appartient à la famille des Éricacées, celle des bruyères et des rhododendrons. C’est un petit arbrisseau de vingt à cinquante centimètres, aux rameaux verts anguleux, aux feuilles ovales finement dentées qui rougissent en automne, et aux petites fleurs rosées en grelot. Les baies, rondes, noir bleuté et recouvertes d’une pruine, sont violettes jusque dans la pulpe. Elle pousse en sous-bois acide et en lande d’altitude, de l’Europe à l’Asie du Nord, et ne se cultive que difficilement, ce qui explique que presque tous les fruits du commerce proviennent de cueillettes sauvages, notamment en Europe de l’Est et du Nord. La base botanique Plants of the World Online (Kew Gardens) documente l’aire d’origine et la répartition de l’espèce.
Les baies contiennent des anthocyanosides, le groupe de pigments responsables de la couleur sombre, dont plus d’une quinzaine de molécules différentes ont été identifiées, accompagnés de tanins, d’acides phénoliques, de vitamine C et de fibres. Les feuilles sont riches en tanins et en flavonoïdes. Sur le plan réglementaire, l’Agence européenne du médicament a publié des monographies sur les fruits de myrtille, qui reconnaissent un usage traditionnel des baies séchées dans les diarrhées légères et aiguës et dans les petites inflammations de la muqueuse buccale. Les usages vasculaires et visuels reposent en revanche sur des études d’extraits standardisés plutôt que sur une monographie, études recensées sur PubMed.

Anthocyanosides, capillaires et circulation
C’est l’axe d’usage le plus solidement étayé de la myrtille. Les anthocyanosides renforcent la résistance des petits vaisseaux, diminuent leur perméabilité et protègent les parois de l’oxydation, des effets observés dans de nombreux travaux de laboratoire et dans quelques essais cliniques de petite taille chez des personnes atteintes d’insuffisance veineuse légère, qui rapportent un soulagement des jambes lourdes, des fourmillements et de la sensation de gonflement en fin de journée. Cette action sur les capillaires explique l’intérêt porté à la myrtille pour la fragilité capillaire, les petits bleus fréquents et certaines formes de couperose, bien que ces dernières indications soient moins documentées.
Les données épidémiologiques sur les aliments riches en anthocyanes vont dans le même sens, avec une association à un risque cardiovasculaire plus faible, sans qu’il soit possible d’attribuer cet effet à la myrtille elle-même. La myrtille se place dans la famille des plantes de la circulation dont la Vigne rouge est la référence, et se combine volontiers au Marronnier d’Inde dans les compléments pour les jambes lourdes, les trois agissant sur la paroi veineuse par des mécanismes proches mais distincts. Notre article sur la phytothérapie cardiovasculaire replace ces plantes dans une approche d’ensemble.
La myrtille et la vision : ce que disent vraiment les études
La légende veut que des pilotes de la Royal Air Force, pendant la Seconde Guerre mondiale, aient mangé de la confiture de myrtille pour mieux voir de nuit lors de missions nocturnes. L’anecdote a fait le tour du monde et fonde une grande partie de la réputation actuelle du fruit, mais elle n’a jamais été confirmée, et certains historiens y voient une rumeur entretenue pour masquer l’usage du radar. Les essais contrôlés menés ensuite ont donné des résultats décevants : une revue systématique publiée en 2004 n’a pas retrouvé d’amélioration de la vision nocturne chez des sujets sains traités par des extraits de myrtille.
Les travaux plus récents sont un peu plus nuancés. Quelques études suggèrent un bénéfice sur la fatigue visuelle liée au travail sur écran, la sécheresse oculaire ou la microcirculation de la rétine, notamment chez des personnes diabétiques ou hypertendues, mais les effectifs sont faibles et les résultats inégaux. La myrtille peut donc raisonnablement soutenir le confort visuel, sans pouvoir être présentée comme un traitement de la vue, ni remplacer un examen ophtalmologique, particulièrement chez une personne diabétique. Pour une autre approche de la circulation périphérique et cérébrale, notre fiche sur le Ginkgo présente une plante souvent associée à la myrtille.
Baies séchées : diarrhée et inflammations buccales
Le fruit sec ne se comporte pas comme le fruit frais. Le séchage concentre les tanins, qui se fixent aux protéines de la muqueuse intestinale et la resserrent, ce qui réduit les sécrétions et ralentit le transit. L’Agence européenne du médicament reconnaît ainsi un usage traditionnel des baies séchées dans les diarrhées légères et aiguës, une application ancienne qui se pratique encore couramment en Europe centrale. Les mêmes tanins expliquent l’usage en bain de bouche d’une décoction de baies séchées pour apaiser de petites inflammations de la gencive ou de la gorge.
Cet usage reste un dépannage de quelques jours. Si les symptômes durent plus de trois jours, s’accompagnent de fièvre, de sang dans les selles ou de signes de déshydratation, une consultation s’impose. Notre article sur les plantes pour la diarrhée présente les autres options astringentes, et l’importance de l’hydratation.
Les feuilles et la glycémie
Les feuilles de myrtille ont une tradition ancienne d’usage en infusion chez les personnes dont la glycémie est élevée. Des études sur modèles animaux suggèrent un effet hypoglycémiant modeste, attribué à plusieurs composés dont des flavonoïdes et des tanins, mais les preuves chez l’humain sont limitées, et l’usage prolongé de feuilles à forte dose n’est pas recommandé à cause de leur richesse en tanins et du manque de données de sécurité à long terme. Elles ne remplacent pas un traitement antidiabétique. Notre article sur les plantes et le diabète explique pourquoi la prudence s’impose avec toute plante à effet glycémique.
Les formes de la myrtille et leurs usages
La myrtille s’utilise sous des formes dont les effets sont très différents, et le choix dépend de ce que l’on recherche : la fraîcheur du fruit pour l’alimentation, le fruit sec pour l’effet astringent, l’extrait titré pour les effets circulatoires et visuels.
Les fruits frais et surgelés
Les baies fraîches, de cent à cent cinquante grammes par jour, soit une grosse poignée, apportent des anthocyanes, de la vitamine C et des fibres, avec un effet doux sur le transit. Elles se consomment telles quelles, en compote, en yaourt ou en smoothie. La congélation conserve bien les anthocyanes. Les baies surgelées importées ont toutefois été à l’origine de quelques épidémies d’hépatite A et de norovirus en Europe : les personnes fragiles, les femmes enceintes et les personnes dont l’immunité est affaiblie ont intérêt à les cuire plutôt qu’à les consommer crues.
Les baies séchées en décoction
Pour l’effet astringent, environ 5 à 10 grammes de baies séchées se mâchent, ou se préparent en décoction de dix minutes dans 150 ml d’eau, et se prennent plusieurs fois dans la journée pendant un à trois jours. La décoction a un goût acidulé et astringent. Le séchage fait perdre une partie de la vitamine C mais concentre les tanins : il ne faut pas confondre les propriétés du fruit sec avec celles du fruit frais, que l’on mange pour d’autres raisons.
Les extraits standardisés
Pour les jambes lourdes et le confort visuel, c’est la forme la plus fiable : on sait ce que l’on prend. Les extraits, titrés à environ 25 % d’anthocyanosides, se prennent le plus souvent à raison de 80 à 160 mg d’extrait une à deux fois par jour, au cours des repas, en cure de plusieurs semaines avant d’en juger l’effet. La mention Vaccinium myrtillus et le pourcentage d’anthocyanosides doivent figurer sur l’étiquette, car de nombreux produits sont élaborés à partir d’autres fruits bleus ou de raisin. L’absorption des anthocyanes est faible et très variable d’une personne à l’autre, un point développé dans notre article sur l’extraction et la biodisponibilité des principes actifs.
Les feuilles en infusion
Les feuilles séchées, à raison de 1,5 à 2 grammes pour 150 ml d’eau chaude infusée dix minutes, sont réservées à des cures courtes. Elles contiennent beaucoup de tanins, qui réduisent l’absorption du fer et peuvent provoquer une constipation ou des nausées chez les personnes sensibles. L’usage prolongé à forte dose est déconseillé, et l’infusion ne remplace pas les fruits ni les extraits titrés pour les effets circulatoires.

Tableau comparatif des principales formes de myrtille
| Critère | Baies fraîches | Baies séchées | Extrait standardisé |
|---|---|---|---|
| Usage principal | Alimentation, antioxydants | Diarrhée légère, bouche | Jambes lourdes, confort visuel |
| Dose habituelle | 100 à 150 g/jour | 5 à 10 g, 1 à 3 jours | 80 à 160 mg, 1 à 2 fois/jour |
| Teneur en tanins | Faible | Élevée | Faible |
| Anticoagulants, chirurgie | Sans souci en alimentation | Sans souci en usage court | Avis médical |
| Grossesse et allaitement | Alimentation possible | Prudence recommandée | Prudence recommandée |
Myrtille sauvage, bleuet cultivé et airelle des marais : à ne pas confondre

Le mot myrtille recouvre dans le commerce des fruits très différents, et la distinction n’est pas qu’une question d’étiquette. Les études sur la circulation et la vision ont été menées sur la myrtille sauvage, Vaccinium myrtillus, et c’est elle que l’on doit retrouver dans un extrait ou un complément qui revendique ces effets. Au Canada, on désigne par bleuet une autre espèce, Vaccinium angustifolium, un arbuste sauvage de lande qui n’est pas la même plante.
Le fruit le plus répandu dans les rayons européens est en réalité le bleuet cultivé, Vaccinium corymbosum, appelé myrtille américaine. Ses baies sont plus grosses, plus régulières et sucrées, à la chair blanc verdâtre : elles ne tachent pas les doigts et leur teneur en anthocyanes est sensiblement inférieure à celle de la myrtille sauvage, dont la pulpe est violette jusqu’au cœur. Le bleuet reste un fruit sain, riche en antioxydants, mais il ne remplace pas la myrtille sauvage, et la différence se voit à la coupe d’une baie. De la même famille, la Canneberge, Vaccinium macrocarpon, ne partage ni l’usage ni les propriétés, qui concernent surtout les voies urinaires, et le Cassis, d’une autre famille, est lui aussi riche en anthocyanes sans être une myrtille.
La troisième confusion concerne l’airelle des marais ou myrtille des marais, Vaccinium uliginosum, qui pousse en tourbière et en altitude et dont les baies ressemblent à celles de la myrtille. Leur pulpe est claire et leur jus ne tache pas. Une tradition ancienne, qui reste mal documentée, attribue à ces baies, lorsqu’elles sont attaquées par un champignon parasite, des nausées et des vertiges. Il vaut mieux ne pas les cueillir par erreur, et vérifier la couleur de la pulpe avant de consommer des baies sauvages. Enfin, la cueillette au peigne, qui arrache les feuilles et les rameaux, abîme durablement les stations et est interdite dans certaines zones : mieux vaut cueillir à la main.
Contre-indications et précautions d’emploi
Consommée comme fruit, la myrtille ne pose pas de problème particulier pour la plupart des personnes. Les précautions concernent surtout les extraits concentrés, les baies séchées et les feuilles. Les personnes sous traitement anticoagulant ou antiagrégant, ou devant subir une intervention chirurgicale, doivent demander un avis avant de prendre des extraits titrés à doses élevées sur une longue période, les anthocyanosides ayant montré un effet modeste sur l’agrégation des plaquettes. Il est d’usage d’arrêter les extraits environ deux semaines avant une opération programmée.
Les personnes diabétiques sous traitement doivent surveiller leur glycémie en cas d’infusion régulière de feuilles, un effet additif avec les antidiabétiques n’étant pas exclu, et rester attentives à l’apport en sucres des baies fraîches ou séchées. Les tanins des baies séchées et des feuilles réduisent l’absorption du fer et de certains médicaments : en cas de carence en fer ou de traitement régulier, il vaut mieux espacer ces prises de deux heures au moins. Notre article sur les interactions entre plantes médicinales et médicaments détaille ces précautions.
La grossesse et l’allaitement appellent une prudence particulière avec la myrtille sous forme d’extrait ou de feuilles. Les baies consommées comme aliment ne posent pas de souci, mais les données de sécurité sur les extraits concentrés restent limitées, et un avis médical est recommandé avant une cure. Les baies surgelées importées sont à cuire, par précaution, pendant la grossesse.
Les effets indésirables sont rares : troubles digestifs légers, constipation avec les baies séchées et les feuilles, selles colorées sans gravité avec les baies fraîches. Une allergie est possible mais peu fréquente. En cas de diarrhée qui dure plus de trois jours, de douleurs, de fièvre ou de sang dans les selles, il faut consulter plutôt que de poursuivre les baies séchées. Chez l’enfant, les fruits frais ne posent pas de souci, et les extraits et les feuilles relèvent d’un avis médical.
Questions fréquentes
La myrtille améliore-t-elle la vision nocturne ?
La légende des pilotes de la RAF n’a jamais été confirmée, et une revue systématique de 2004 n’a pas retrouvé d’amélioration de la vision nocturne chez des sujets sains. Quelques travaux suggèrent un bénéfice modeste sur la fatigue visuelle. La myrtille peut soutenir le confort visuel, sans remplacer un suivi ophtalmologique.
Quelle est la différence entre la myrtille sauvage et le bleuet cultivé ?
La myrtille sauvage (Vaccinium myrtillus) a une pulpe violette qui tache et beaucoup plus d’anthocyanosides. Le bleuet cultivé (Vaccinium corymbosum) a une chair claire et ne tache pas. Les études portent sur la myrtille sauvage.
La myrtille est-elle efficace contre la diarrhée ?
Oui, sous forme de baies séchées, dont les tanins ont une action astringente, et l’Agence européenne du médicament reconnaît cet usage traditionnel pour les diarrhées légères et aiguës. Consulter si les symptômes durent plus de trois jours ou s’accompagnent de fièvre ou de sang.
Comment prendre un extrait de myrtille ?
Habituellement 80 à 160 mg d’extrait titré à environ 25 % d’anthocyanosides, une à deux fois par jour, au cours des repas, en cure de plusieurs semaines. Vérifier la mention Vaccinium myrtillus et le pourcentage d’anthocyanosides.
Les feuilles de myrtille font-elles baisser la glycémie ?
Un effet modeste est suggéré chez l’animal, avec peu de preuves chez l’humain. L’usage prolongé à forte dose est déconseillé, et les personnes sous antidiabétiques doivent surveiller leur glycémie et demander l’avis de leur médecin.
